Ce mois-ci

 

SOLEIL

L’été, les plages sont envahies de philosophes de toutes sortes en quête de ce feu universel, insoutenable à notre regard… Icare avait-il un maillot de bain ?

Grande sphère brûlante, phantasme lumineux au centre de tous nos systèmes : pensées, planètes, soleil du cœur, de notre vie… Système D : chacun se bricole son petit soleil, cosmogonie portative et personnelle… Dans la journée, on l’emporte avec soi et on s’en arrange : on le maudit lorsque la chaleur nous accable, on s’en protège à grands coups de crèmes et lunettes noires. Difficile de regarder la vérité dans les yeux… On le fuit aussi, pour rechercher un peu de fraîcheur ou, pire encore, on l’ignore. On élabore des scénarios catastrophes, conscients qu’un feu se consumant, doit un jour disparaître… Mais on préfère ne pas y penser : les journées de bureaux sont longues et les couloirs de métro, interminables.

Alors on le guette à chaque coin de rue, le soleil, on l’espère à chaque fenêtre… Il est là, dans le ciel, fidèle au rendez-vous, imperturbable. Suspendu par on ne sait quel procédé technique ou miracle divin. Boule de feu, roi tout puissant, fruit céleste… Que de noms pour désigner cette ampoule au dessus de nos têtes !

Quand sa lumière décline, drainant avec elle son lot de rêves, d’espoirs et de combats toujours renouvelés, le soleil, qu’on peut enfin regarder en face, envahit toutes nos pensées, en même temps que nos rétines… Comment a-t-on pu douter de son éclat ? Il a suffi qu’il se couche pour qu’on le remarque enfin. Du coup on réalise, en quelques fractions de secondes, toute l’étendue de sa splendeur… Dominant les plaines et les cités, scintillant de mille lueurs, il offre de si belles occasions aux amoureux, aux fous, aux poètes et aux pique-niqueurs, qu’on voudrait être tout cela à la fois ! Les peintres l’ont bien compris : c’est bien d’un don, d’un concentré d’extase dont il s’agit. S’imprégner de la texture de ce grand œil sucré, laiteux, orange, car, en même temps qu’il naît, il se meurt. Alors on se laisse envahir par son voile soyeux, conscient du luxe, de la richesse qu’il nous offre. On accepte son évidence ronde et l’on se sent apaisé.

Car on sait que chaque jour, même le plus pauvre d’entre nous, aura droit à sa faveur.